Trump punit la Corée du Sud en remontant les droits de douane à 25 %

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Les Echos | 27 janvier 2026

Trump punit la Corée du Sud en remontant les droits de douane à 25 %

Par Yann Rousseau

Donald Trump s'impatiente. Estimant que le gouvernement sud-coréen n'a pas tenu les engagements d'investissements aux Etats-Unis qu'il aurait pris l'an dernier, lors de la signature d'un accord commercial bilatéral, le président américain a annoncé, ce mardi, qu'il augmentait d'autorité les droits de douane appliqués aux marchandises coréennes entrant dans son pays.

Dans un message sur son réseau Truth Social, Donald Trump a indiqué que ces droits de douane, qui étaient retombés après la négociation à 15 %, sont remontés à 25 % « sur les importations d'automobiles, de bois, de produits pharmaceutiques et ainsi que sur tous les autres tarifs réciproques ». « Etant donné que le parlement coréen n'a pas adopté notre accord commercial historique, ce qui est sa prérogative, j'augmente par la présente les droits de douane », a encore écrit le dirigeant des Etats-Unis.

Visiblement surprise par la soudaineté de cette décision, la présidence sud-coréenne, emmenée par le chef de l'Etat de centre gauche Lee Jae-myung, a expliqué, mardi matin, qu'elle n'avait pas encore reçu de notification formelle du gouvernement américain. Son ministre du Commerce, Kim Jung-kwan, qui se trouve actuellement en visite au Canada, a indiqué qu'il allait se rendre dès que possible à Washington pour discuter de ce nouvel incident avec le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.

Un accord déséquilibré

À la suite d'un long bras de fer, Washington et Séoul avaient finalisé en novembre dernier un pacte commercial assez déséquilibré. En échange de la réduction par l'administration Trump des droits de douane sur les produits coréens de 25 % à 15 %, Séoul s'était engagé à investir 350 milliards de dollars aux Etats-Unis, dont 150 milliards dans le projet de revitalisation des chantiers navals américains baptisé « Make American Shipbuilding Great Again » (MASGA) et 200 milliards dans d'autres secteurs jugés stratégiques, comme les semi-conducteurs, l'exploitation de matières premières, les produits pharmaceutiques et l'intelligence artificielle.

Donald Trump avait exigé de pouvoir choisir lui-même, d'ici la fin de son mandat en janvier 2029, les projets soutenus par les capitaux sud-coréens mais Séoul avait, de son côté, obtenu de pouvoir étaler ces investissements aux Etats-Unis dans le temps, sur une période de 10 ans, avec des versements annuels limités à 20 milliards de dollars.

Dans la foulée de cet accord, la majorité présidentielle au Parlement coréen avait rédigé, en novembre, un projet de loi afin d'officialiser le pacte commercial. Mais ce texte n'a pas encore été soumis au vote des députés. Selon les médias coréens, il pourrait toutefois être adopté en février.

L'automobile pénalisée

Mardi, les investisseurs n'ont pas semblé impressionnés par le nouveau coup de sang de Donald Trump. Les analystes semblant parier sur une remontée seulement temporaire des droits de douane américains. A la Bourse de Séoul, l'indice Kospi progressait même, à la mi-journée, de 1,75 % pour évoluer à des niveaux records, au-dessus du seuil symbolique des 5.000 points que la place n'avait, jusqu'à la semaine dernière, encore jamais dépassé.

Seuls quelques grands groupes industriels, particulièrement dans l'automobile, qui exportent toujours vers les Etats-Unis depuis leurs usines coréennes, se retrouvaient pénalisés par la décision du dirigeant américain. A la mi-journée, l'action de Hyundai Motor reculait de 1 %. Le titre de son équipementier, Hyundai Mobis, perdait 0,97 %.

Le Japon sous pression

Si la décision unilatérale de Donald Trump ne va pas faire trembler l'économie sud-coréenne, elle pourrait servir de mise en garde aux autres nations qui tarderaient, elles aussi, à concrétiser leurs promesses faites, l'an dernier, sous la contrainte, au président américain.

Le Japon pourrait se sentir particulièrement menacé. Son gouvernement a promis une vague enveloppe d'investissements de 550 milliards de dollars aux Etats-Unis sur les trois prochaines années mais il n'a, pour l'instant, pas pris d'initiative majeure pour contenter son allié américain sur ce front. A Tokyo, des élus espèrent même toujours que leur pays pourra jouer la montre et faire oublier ses engagements jusqu'à la fin du mandat Trump.


  Source: Les Echos