Sommet du Mercosur: Ursula von der Leyen en Uruguay pour faire avancer un accord contesté avec l'UE

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RFI | 6 décembre 2024

Sommet du Mercosur: Ursula von der Leyen en Uruguay pour faire avancer un accord contesté avec l'UE

« Atterrissage en Amérique latine. La ligne d'arrivée de l'accord UE-Mercosur est en vue. Travaillons ensemble, franchissons-la », a écrit sur X la présidente de la Commission européenne qui a fait une escale à Sao Paulo, au Brésil, avant d'arriver en Uruguay. Selon l'UE, à Montevideo, Ursula von der Leyen donnera ce vendredi 6 décembre (à 09h30 locales, 12h30 GMT) une conférence de presse conjointe avec les présidents de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay, membres fondateurs du Mercosur.

Le président argentin Javier Milei sera également présent pour prendre la présidence tournante du bloc sud-américain avec l’objectif de conclure cet accord attendu de longue date par la filière agricole de son pays. « Il y a de grands espoirs », reconnait Raul Roccatagliata. En tant que directeur du département international de la Société rurale argentine, il a participé pendant de longues années aux négociations techniques sur l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, rapporte notre correspondant à Buenos Aires, Théo Conscience. « Depuis le début, les filières agricoles de l’Argentine et de la région ont essayé de pousser pour un accord qui reflète le plus possible les intérêts des deux régions ».

Accès privilégié aux pays du Mercosur pour les produits de l’industrie européenne contre accès privilégié au marché européen pour les produits agricoles sud-américains : pour Raul Roccatagliata, tout le monde s’y retrouve. Il espère que les exigences environnementales mises sur la table par le président français en 2019 ne feront pas capoter l’accord. « Nous voulons tous atteindre les objectifs de l’agenda 2030 en matière de réchauffement climatique et de neutralité carbone, explique-t-il. Mais Il y a des forums multilatéraux spécialement dédiés à cela et débattons-en dans ce cadre-là plutôt qu’au travers de mesures unilatérales imposées par un pays ou un bloc de pays. »

Raul Roccatagliata rappelle par ailleurs que l’Argentine a déjà commencé à se conformer aux exigences européennes avec, par exemple, la mise en place d’un nouveau système électronique de traçabilité pour le bétail dès l’année prochaine.

En attendant les chefs d'État

Ce jeudi 5 décembre, ce sont les ministres des Affaires étrangères du bloc économique sud-américain qui ont officiellement ouvert le sommet de deux jours, après une réunion bilatérale entre le ministre uruguayen des Affaires étrangères, Omar Paganini, et le nouveau commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic. « Nous avons passé en revue la situation des négociations dans l'Union européenne et nous sommes parvenus à un texte d'accord commun », a déclaré Omar Paganini à la presse. Selon lui, « la présence d'Ursula von der Leyen montre le succès d'un processus de négociation et le soutien à l'étape finale. Espérons que nous pourrons franchir les étapes restantes, qui sont très peu nombreuses, car le texte existe déjà », a-t-il ajouté.

Dans un appel téléphonique ce 5 décembre au matin, Emmanuel Macron a pourtant « redit » à Ursula von der Leyen que le projet d'accord commercial était « inacceptable en l'état », a affirmé l'Élysée. « Nous continuerons de défendre sans relâche notre souveraineté agricole », a ajouté la présidence française sur X. Une source diplomatique française a estimé auprès de l'AFP que la présidente de la Commission « prend une responsabilité et un risque » si elle conclut les négociations. « Le contenu final de l'accord négocié n'a encore été présenté à aucun État membre » de l'UE, a ajouté cette source. La Commission « devra juridiquement obtenir l'accord du Conseil », qui réunit les chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-Sept, « pour être autorisée à le signer ».

Une ratification devra se faire à Bruxelles

En vertu des traités européens, la Commission est seule négociatrice des accords commerciaux au nom des Vingt-Sept. Une fois un éventuel texte signé avec les pays du Mercosur, elle devra obtenir sa ratification en gagnant l'approbation d'au moins 15 États membres représentant 65 % de la population de l'UE, puis en réunissant une majorité au Parlement européen. À Paris, on fait valoir « qu'à ce stade, c'est une finalisation des discussions au niveau des négociateurs » : « ce n'est ni la signature, ni la conclusion de l'accord », souligne la source diplomatique française : « Ce n'est donc pas la fin de l'histoire ».

« Plusieurs pays européens ont exprimé les mêmes réserves que la France, en particulier sur l'agriculture et les normes sanitaires. La France n'est donc pas seule », insiste-t-on. Après le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui a emboîté le pas au président Macron, affirmant qu'il n'accepterait pas le projet « sous cette forme », l'Italie a rejoint le front du refus, tout comme l'Autriche et les Pays-Bas qui ont déjà exprimé leurs réticences. « Les conditions ne sont pas réunies » pour signer l'accord en l'état, ont indiqué ce 5 décembre des sources gouvernementales italiennes. Pour empêcher l'adoption du texte, la France a besoin de rallier trois autres pays représentant plus de 35% de la population de l'UE, un seuil qui serait aisément franchi avec l'appui de Rome et de Varsovie.

« Quelle que soit la décision d’Ursula von der Leyen, qu’elle signe ou non l’accord UE-Mercosur comme elle en affiche l’intention, rien n’est définitivement joué » a déclaré le député européen Pascal Canfin, président de la commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire du Parlement européen à notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

Côté Mercosur, ce projet d'accord fait en tout cas consensus et ce malgré les relations tendues dernièrement entre les deux poids lourds du bloc que sont le Brésil et l’Argentine.

Le président brésilien Lula, fervent défenseur de l’accord, a indiqué qu’il voulait le finaliser d’ici la fin de l’année. Côté argentin, Javier Milei pousse également pour conclure les négociations. Grands producteurs et exportateurs de produits agricoles, les deux pays estiment avoir beaucoup à gagner avec cet accord qu’ils considèrent par ailleurs équilibré, puisqu’il offrira un accès privilégié au marché sud-américain aux produits industriels et chimiques européens.
Un marché de 700 millions de consommateurs

Le projet de traité vise à supprimer la majorité des droits de douane entre l'Union européenne et le Mercosur afin de créer un vaste marché de plus de 700 millions de consommateurs. Il s'agirait du « plus grand partenariat commercial et d'investissement jamais vu. Les deux régions en tireront profit », a affirmé Ursula von der Leyen. Un accord politique avait été conclu en juin 2019, mais il n'a jamais été ratifié en raison des réticences de plusieurs pays, dont la France. Les détails n'en ont jamais été dévoilés. Une large majorité des États membres de l'UE, Allemagne et Espagne en tête, font désormais pression pour conclure la négociation au plus vite.

Cela fait près de 25 ans que la Commission européenne négocie ses modalités. Mais depuis, le monde a bien changé, explique Maxime Combes à RFI. Opposé au traité, il est économiste et membre du collectif Stop Ceta-Mercosur.

"C'est un accord de libre-échange qui est complètement obsolète." L'économiste Maxime Combes parle d'un traité dépassé

L'accord permettrait à l'UE, déjà premier partenaire commercial du Mercosur, d'y exporter plus facilement ses voitures, ses machines et ses produits pharmaceutiques. À l'inverse, il permettrait aux pays sud-américains concernés d'écouler vers l'Europe de la viande, du sucre, du riz, du miel et du soja. En Europe, les partisans de l'accord soulignent le besoin de débouchés pour les exportateurs et la nécessité de ne pas laisser le champ libre à la Chine, rival avec qui les relations commerciales se sont considérablement tendues.

Cette nécessité se fait d'autant plus pressante avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump qui menace d'imposer des droits de douanes sur des produits européens. Mais de nombreuses ONG et militants de gauche estiment que la création de cette vaste zone de libre-échange accélérerait la déforestation en Amazonie et aggraverait la crise climatique en augmentant les émissions de gaz à effet de serre.


  Source: RFI