Lithium, pétrole, pêche... : le Somaliland propose ses ressources à Israël

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La Tribune, 6 Février 2026
Par Olivier de Souza

Lithium, pétrole, pêche... : le Somaliland propose ses ressources à Israël

Après la reconnaissance israélienne, le Somaliland cherche un partenariat économique sur ses ressources, défiant Mogadiscio dans un contexte régional tendu entre ports, énergie et enjeux géopolitiques.

Le Somaliland souhaite conclure prochainement un accord de partenariat économique avec Israël, premier pays à avoir reconnu officiellement son indépendance, en décembre 2025. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la stratégie de légitimation internationale du territoire et intervient dans un contexte régional déjà tendu, où se mêlent enjeux de souveraineté, rivalités portuaires et recomposition géopolitique dans la Corne de l’Afrique.

L’annonce a été faite par le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, dans le cadre d’une interview accordée à Reuters, mardi 3 février, à Dubaï. Le dirigeant a indiqué que son gouvernement compte attirer rapidement des capitaux et des entreprises israéliennes.

“Pour l’instant, il n’y a ni commerce ni investissement en provenance d’Israël. Mais nous comptons à 100% sur leurs investissements et leur commerce et nous espérons engager prochainement des discussions avec les milieux d'affaires et le gouvernement israéliens ” , a-t-il affirmé.

Ressources contre technologie

Le dirigeant a mis en avant les atouts économiques du territoire pour justifier cette ouverture. Il affirme que le Somaliland dispose de ressources minières, pétrolières et gazières, ainsi que de richesses marines, agricoles et énergétiques, et entend proposer en priorité ses minerais, sa production halieutique et sa viande. En échange, il attend d’Israël qu’il apporte son savoir-faire technologique, notamment dans l’agriculture, la santé, l’innovation et l’économie.

Israël figure parmi les principaux pôles mondiaux de la high-tech. Le pays s’est imposé dans des secteurs clés tels que la cybersécurité, les logiciels et l’intelligence artificielle, qui constituent le cœur de son économie technologique. En 2024, les exportations de biens et services high-tech ont atteint environ 78 milliards de dollars, représentant plus de la moitié des exportations totales du pays.

Pour les responsables du Somaliland, cette logique d’échange entre matières premières et technologie structure le projet de partenariat.

Parmi les ressources stratégiques mises en avant figure le lithium, indispensable aux batteries et aux véhicules électriques. Le Somaliland affirme disposer de vastes réserves. Il faut savoir qu’en 2024, la société saoudienne Kilomass avait déjà obtenu un accord d’exploration pour le lithium et d’autres minerais critiques. Le territoire revendique également un important potentiel pétrolier et gazier, renforcé par l’annonce, en janvier 2023, d’une première découverte de pétrole brut, même si l’ampleur des réserves reste floue.

Une dynamique diplomatique fragile

Territoire du nord-ouest de la Somalie qui revendique son indépendance depuis 1991, le Somaliland est un ancien protectorat britannique, brièvement indépendant en 1960, et qui avait, dans un premier temps, choisi de s’unir à la Somalie italienne. Cependant, cette union s’est progressivement traduite par une forte marginalisation politique et une répression sévère sous le régime de l’ancien dictateur Siad Barre. Après l’effondrement de l’État somalien, les autorités locales ont alors proclamé unilatéralement l’indépendance en s’appuyant sur les frontières coloniales, et bâtissent depuis lors des institutions stables, sans toutefois obtenir de reconnaissance internationale.

Ainsi, la démarche actuellement en cours s'inscrit dans les efforts des autorités du Somaliland pour obtenir plus de reconnaissance à l'échelle internationale. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a évoqué une coopération immédiate dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de la technologie et de l’économie. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, s’est rendu récemment au Somaliland, et le président Abdullahi a accepté une invitation officielle à se rendre en Israël, sans qu’une date ne soit encore fixée. S’il évoque la possibilité d’une coopération militaire future, il précise que la question de bases israéliennes n’a pas été discutée.

Pour le territoire indépendantiste, l’enjeu dépasse la seule dimension économique. Il s’agit de transformer une reconnaissance diplomatique isolée en dynamique internationale plus large. Le président Abdullahi dit espérer que d’autres pays suivront l’exemple israélien, notamment les États-Unis et les Émirats arabes unis.

En attendant de nouveaux développements, la Somalie continue de juger illégales les initiatives économiques et diplomatiques menées par le Somaliland sans son aval. Le gouvernement fédéral rappelle régulièrement que la conduite des affaires étrangères relève de sa compétence exclusive et que le Somaliland demeure, à ses yeux, une partie intégrante du territoire somalien. Dans ce contexte, les autorités somaliennes ont récemment réaffirmé leur volonté de renforcer le cadre juridique encadrant les accords internationaux, afin d’empêcher les entités régionales de conclure des partenariats étrangers sans autorisation fédérale.

Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a dénoncé la reconnaissance israélienne comme une atteinte à la souveraineté nationale et une menace pour la stabilité régionale, estimant qu’elle encourage les dynamiques séparatistes. La décision d’Israël a également suscité des critiques de la Turquie, de l’Égypte et de l’Union africaine.


  Source: La Tribune