Les États-Unis pressent l’UE à s’aligner sur la politique américaine vis-à-vis de la Chine

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Euractiv | 15 juillet 2025

Les États-Unis pressent l’UE à s’aligner sur la politique américaine vis-à-vis de la Chine

par Thomas Moller-Nielsen

Les États-Unis souhaitent que l’Union européenne adopte une ligne beaucoup plus ferme à l’égard de Pékin, a déclaré un haut responsable européen lundi 14 juillet. Cette pression s’inscrit dans un contexte où Bruxelles envisage de durcir le ton vis-à-vis de la Chine afin de conclure un accord commercial avec Washington.

Leopoldo Rubinacci, haut fonctionnaire de la Commission européenne chargé des relations commerciales avec les États-Unis, a indiqué que l’administration américaine avait explicitement demandé à Bruxelles de la « suivre à 100 % » dans sa stratégie face à Pékin. Une requête que l’UE accueille avec prudence, préférant maintenir une posture plus équilibrée en entretenant des liens distincts avec la deuxième économie mondiale.

« Lorsque les États-Unis nous disent : “Vous devez nous suivre à 100 % dans notre approche vis-à-vis de la Chine”, nous leur répondons que, certes, nous partageons un certain nombre d’intérêts, mais que notre relation commerciale et économique avec la Chine est très différente de la leur », a-t-il expliqué devant la commission du Commerce international (INTA) du Parlement européen lundi 14 juillet.

« Je ne pense pas, par principe, que l’Union européenne doive suivre des exemples. Je pense que l’Union européenne doit montrer l’exemple », a-t-il ajouté.

Ces déclarations interviennent alors que des responsables de l’UE affichent leur volonté de coopérer avec Washington sur certains dossiers sensibles, notamment la lutte contre les surcapacités industrielles chinoises dans les secteurs des métaux afin d’éviter les droits de douane de par Donald Trump. Il s’agit notamment du droit de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de celui de 25 % sur les voitures et de la taxe « universelle » de 10 % que le président américain a menacé ce week-end de porter à 30 %.

Bruxelles cherche également à réduire la dépendance européenne aux minerais critiques d’origine chinoise, tout en limitant l’influence de Pékin dans les technologies stratégiques comme l’intelligence artificielle.

Le Royaume-Uni et le Vietnam sont les deux seuls pays à avoir conclu un accord commercial avec les États-Unis depuis que Donald Trump a annoncé en avril ses « droits de douane réciproques » qui ont bouleversé le commerce mondial et les marchés financiers avant d’être suspendus une semaine plus tard.

Ces deux accords, qui sont loin d’être des accords commerciaux traditionnels, ont été vivement condamnés par la Chine, qui affirme que Washington cherche à exclure Pékin des chaînes de valeur mondiales.

L’UE veut réduire rapidement les risques, mais pas de découplage en vue

Signe que Bruxelles s’ouvre de plus en plus au message de Washington, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré la semaine dernière que l’UE devait « accélérer » ses efforts pour « réduire les risques » liés à la Chine, après que Pékin a imposé des contrôles à l’exportation sur les terres rares. La décision chinoise avait alarmé les décideurs politiques européens et contraint certains fabricants européens à suspendre leur production.

Toutefois, la présidente de la Commission a réaffirmé que l’UE ne cherchait pas à opérer un découplage vis-à-vis de la Chine, comme elle a tenté de le faire avec la Russie après l’invasion totale de l’Ukraine en 2022.

Donald Trump, en revanche, a déjà accusé la Chine de « violer » les États-Unis et a qualifié les politiques « mercantilistes » de Pékin de « plus grand vol de l’histoire du monde ».

En avril, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, avait lui aussi averti que toute tentative de rapprochement avec la Chine revenait à « se trancher la gorge », appelant les alliés des États-Unis à faire front commun contre Pékin.

Réchauffement prudent entre Pékin et Washington

Les tensions entre les États-Unis et la Chine, qui sont depuis longtemps vives au sujet du statut de Taïwan, une île autonome que Pékin considère comme faisant partie de son territoire, se sont intensifiées à la suite de la Journée de la libération début avril, les deux parties ayant augmenté les droits de douane sur les produits de l’autre à plus de 100 %.

Toutefois, les tensions commerciales se sont considérablement apaisées à la suite des discussions entre les responsables chinois et américains en mai, lorsque les deux plus grandes économies mondiales ont convenu de réduire de 115 points de pourcentage les droits de douane sur leurs produits respectifs pendant 90 jours.

Les ministres du Commerce de l’UE ont également discuté des relations avec la Chine lors d’une réunion à Bruxelles ce lundi, à l’approche du sommet très attendu entre l’UE et la Chine qui se tiendra à Pékin fin juillet.

Le commissaire au Commerce, Maroš Šefčovič, a déclaré aux journalistes à l’issue de la réunion que l’UE cherchait toujours à « rééquilibrer » ses relations commerciales avec la Chine, qui a enregistré l’année dernière un excédent commercial de 305 milliards d’euros avec le bloc, contre 297 milliards en 2023.

Le commissaire européen a également appelé Pékin à améliorer l’accès au marché pour les entreprises européennes et à trouver une « solution systémique » aux retards dans les exportations de terres rares.

Il a ajouté que ces questions seraient abordées lors du sommet de ce mois-ci, où Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen, António Costa, devraient rencontrer le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre Li Qiang.


  Fuente: Euractiv