La Maison Blanche se félicite d'un "accord historique" sur les droits de douane avec Berne

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RTS | 17 novembre 2025

La Maison Blanche se félicite d'un "accord historique" sur les droits de douane avec Berne

La Maison Blanche relève sur son site internet que la déclaration d'intention négociée avec la Suisse sur les droits de douane jette les bases d'un "accord historique": il ouvrira "un accès sans précédent" au marché suisse pour les exportateurs américains. Des zones d'ombre subsistent toutefois au sujet de cet accord.

Présentant les détails du point de vue américain sur l'entente annoncée vendredi qui imposera des droits de douane de 15% (contre 39% selon le projet américain initial) aux produits suisses exportés aux Etats-Unis, les services de Donald Trump se félicitent d'un accord qui créera "des milliers d'emplois à travers les Etats-Unis".

Une longue liste des avantages qu'en retireront les Etats-Unis est également énumérée. "L’accord prévoit la levée de nombreuses barrières commerciales, notamment des droits de douane, afin d’accroître la compétitivité des produits américains tels que l’agriculture, les machines, les dispositifs médicaux, l’aérospatiale et l’énergie. Il constitue la plus grande expansion de l’accès des exportateurs américains au marché suisse, offrant de nouvelles opportunités pour divers secteurs", relève le texte sur le site de la Maison Blanche.

Par ailleurs, "plusieurs grandes entreprises suisses comme Roche, Novartis, ABB ou Stadler ont déjà annoncé d’importants investissements aux Etats-Unis, qui dépasseront 200 milliards de dollars, dont 67 milliards en 2026. Ces investissements doivent dynamiser l’économie américaine, en créant des emplois bien rémunérés à travers tout le pays". Et de poursuivre: "Les partenaires suisses et liechtensteinois se sont engagés à investir dans la main-d'œuvre américaine via des programmes de formation, notamment des apprentissages en entreprise, renforçant ainsi le volet social de cet accord."

Whisky, médical et numérique

L'énumération se poursuit: "L’accord favorise aussi la suppression de nombreux droits de douane dans l’agriculture et l’industrie, notamment pour les noix, les poissons, les fruits et certains spiritueux comme le whisky ou le rhum. La Suisse établira également des quotas tarifaires pour le poulet, le bœuf et le bison américains, afin d’assurer un accès équitable à ses marchés. En parallèle, elle s’engage à réduire plusieurs barrières non tarifaires qui ont longtemps empêché l’entrée des produits américains, notamment dans le secteur médical, l’agriculture, ou encore la propriété intellectuelle."

Une attention particulière est portée à la protection de la propriété intellectuelle, à la lutte contre le travail forcé et à l’environnement, écrit encore la Maison Blanche. "Les trois pays (Etats-Unis, Suisse, Liechtenstein) ont convenu de respecter des principes solides en matière de commerce numérique, notamment en évitant la mise en place de taxes numériques nuisibles. La coopération sera également renforcée pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement, notamment contre des politiques commerciales déloyales de pays tiers, et pour contrôler précisément les exportations, les sanctions et les investissements."

Une ratification prévue début 2026

L'accord doit être finalisé rapidement, précise la présidence américaine, avec une ratification prévue pour début 2026. Cela permettra d’"atteindre une réduction du déficit commercial américain avec la Suisse, qui s’élevait à 38,5 milliards de dollars en 2024, avec l’objectif de l’éliminer d’ici 2028".

Donald Trump voit dans l'accord "une voie concrète pour renforcer les relations économiques avec la Suisse, en assurant à la fois la sécurité nationale et la prospérité économique du pays".

Des zones d'ombre

Deux jours après l'annonce de l'accord de principe, plusieurs points restent incertains. A son retour des Etats-Unis, Guy Parmelin a déclaré que la Suisse n'avait fait "aucune concession qui limiterait sa capacité d'action ou sa neutralité. Elle reste "autonome", mais elle s'est engagée à ce que des entreprises helvétiques - la pharma en particulier - investissent aux Etats-Unis 200 milliards de dollars aux Etats-Unis d'ici fin 2028.

Parmi les concessions annoncées par Guy Parmelin figurent par exemple l'amélioration de la reconnaissance de normes américaines en Suisse, notamment dans le secteur automobile, et l'abaissement de ses propres droits de douane sur une palette de produits américains. Les discussions ont été menées dans une perspective "win-win", souligne Berne.

Le conseiller fédéral est toutefois resté flou sur la longue liste d'exigences américaines qui apparaissent sur le site internet de la Maison Blanche. Les Etats-Unis attendent par exemple de la Suisse qu’elle leur achète plus d’armes, notamment des missiles Patriot. Un sujet délicat en plein débat sur les F-35.

Washington voudrait aussi que Berne autorise la vente de gros véhicules américains actuellement interdits dans le pays.

Il y a également tout un enjeu autour des sanctions contre certains pays. L'administration américaine écrit noir sur blanc que le deal avec la Suisse comprend l'élargissement de la coopération en matière de sanctions. Une partie du monde politique helvétique craint une ingérence des Etats-Unis qui voudraient forcer la Suisse à reprendre des sanctions contre la Chine par exemple.

Un autre point très sensible qui n’est pas mentionné dans le communiqué de la Confédération est la taxation des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), ou plutôt la non-taxation des géants américains de la tech. La Maison Blanche écrit que la Suisse s’est engagée à "s’abstenir d’appliquer des taxes dommageables sur les services numériques". Or, des propositions sont actuellement sur la table du Parlement pour justement imposer les GAFAM.

Concernant la viande, Guy Parmelin a affirmé qu'une importation de poulets au chlore n'était pas en discussion, qu'elle ne figurait pas dans l'accord, mais il ouvre déjà la porte à des discussions à ce sujet dans la presse dominicale. "Nous aboutirons peut-être à une solution similaire à celle adoptée pour la viande bovine traitée aux hormones, qui doit être étiquetée", a-t-il dit.
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Les discussions vont se poursuivre

Les discussions avec les Etats-Unis vont se poursuivre afin de clarifier les incertitudes. Et il faut rappeler que, formellement, la Suisse et les Etats-Unis n'ont pas signé d'accord, mais une déclaration d’intention non contraignante.

Et si Guy Parmelin a estimé samedi au micro de SRF que les nouveaux droits de douane de 15% pourraient entrer en vigueur dans une dizaine de jours, rien n'est gravé dans le marbre, car au final le mandat de négociation devra être validé par le Parlement, avec peut-être même une votation populaire sur l’un ou l’autre point.

En outre, les propositions finales de la Suisse pourraient ne pas satisfaire Donald Trump et le président américain pourrait toujours changer d’avis et décider de remonter les taxes.


  Source: RTS