Agence Ecofin, 23 Février 2026
par Walid Kéfi
La Chine n’exigera pas de réciprocité dans son accord commercial avec l’Afrique du Sud
L’accord s’inscrit dans le cadre de la stratégie de diversification des partenaires commerciaux initiée par le pays le plus industrialisé du continent, suite à l’imposition par l’administration Trump de droits de douane pouvant atteindre 30 % sur plusieurs produits sud-africains.
La Chine ne demandera pas de réciprocité dans le cadre de l’accord de partenariat économique et commercial signé récemment avec l'Afrique du Sud, a annoncé l’ambassadeur chinois en poste à Pretoria, Wu Peng.
« Dans ce processus, la Chine tiendra pleinement compte des intérêts de l'Afrique du Sud et ne cherchera pas à obtenir la réciprocité », a déclaré le diplomate dans des propos relayés par le quotidien anglophone chinois South China Morning Post, la semaine dernière.
Ainsi, les marchandises sud-africaines pourront entrer sur le marché chinois en franchise de droits de douane, sans que le pays le plus industrialisé du continent ne soit tenu de réduire en contrepartie ses propres tarifs douaniers sur les produits en provenance de l’empire du Milieu.
L’Afrique du Sud et la Chine avaient signé, le 6 février dernier, un accord-cadre de partenariat économique, connu sous l’acronyme CAEPA (Framework Agreement on Economic Partnership for Shared Prosperity), qui vise à augmenter les échanges commerciaux et les flux d’investissements entre les deux pays membres du groupe des BRICS.
Le CAEPA ne représente pas encore un accord de libre-échange à part entière, mais plutôt une architecture de négociation appelée à évoluer. Pretoria et Pékin se sont engagés à travailler à conclure un « Early Harvest Agreement », c’est-à-dire un accord commercial partiel d’ici fin mars 2026. Celui-ci devrait comporter des préférences tarifaires, voire un accès en franchise de droits pour certaines exportations sud-africaines.
Cet accord a cependant suscité des inquiétudes en Afrique du Sud concernant une éventuelle exigence de réciprocité qui déstabiliserait plusieurs activités économiques locales, dont l’industrie automobile.
La décision de Pékin de ne pas demander de réciprocité dans le cadre de l’accord de partenariat économique et commercial signé avec la nation arc-en-ciel intervient alors que le géant asiatique s’apprête à supprimer les droits de douane sur toutes ses importations en provenance des pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques à partir du 1er mai 2026.
L’accord profitera aux entreprises chinoises opérant en Afrique du Sud
Annoncée par le président Xi Jinping à l’occasion du 39e sommet annuel de l'Union africaine (UA), qui s'est tenu les 14 et 15 février à Addis-Abeba, l’exemption généralisée des droits de douane offerte par la Chine à tous ses partenaires commerciaux africains à l’exception de l'Eswatini (anciennement Swaziland), le dernier allié de Taïwan en Afrique, vise à rééquilibrer les relations commerciales avec le continent.
Premier partenaire commercial du continent africain, la Chine réalise un excédent commercial colossal avec l’Afrique, qui suscite une volée de bois vert depuis plusieurs années.
En janvier dernier, le gouvernement sud-africain avait d’ailleurs menacé d'augmenter les droits de douane sur les véhicules chinois et indiens afin de freiner la forte augmentation des importations en provenance de ces deux pays.
Cité par South China Morning Post, l’avocat d’affaires chinois spécialiste de l’Afrique, Kai Xue, estime que l’accord commercial conclu entre Pékin et Pretoria « devrait également profiter aux entreprises chinoises opérant en Afrique du Sud ».
Selon lui, l’accès non réciproque et sans droits de douane au vaste marché chinois offert à l'ensemble des pays du continent africain sauf l’Eswatini vise à renforcer la viabilité des zones économiques spéciales et des parcs industriels où opèrent de nombreuses entreprises chinoises.
De son côté, Pretoria cherche à diversifier ses partenaires commerciaux pour préserver la compétitivité de ses exportations, à la suite de l’imposition par l’administration Trump de droits de douane pouvant atteindre 30 % sur plusieurs produits sud-africains.
L'Afrique du Sud est le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique. La première puissance économique africaine exporte des produits tels que du vin, des fruits, des céréales, du rooibos et une large gamme de minerais vers le géant économique asiatique. En 2025, les échanges commerciaux bilatéraux s'élevaient à 53,58 milliards de dollars.