De nouveaux éléphants blancs en Afrique ?

Toutes les versions de cet article :

Document 25286
Photo: Bunks, CC BY 3.0

De nouveaux éléphants blancs en Afrique ?
Par bilaterals.org, 15 Août 2025

Le troisième sommet sur le financement du développement des infrastructures africaines se tiendra à Luanda du 28 au 31 octobre 2025. Selon Africa Intelligence, il vise à mobiliser des capitaux provenant d'Afrique et d'ailleurs afin de renforcer la stratégie des corridors et de stimuler les investissements dans les infrastructures, y compris les technologies, afin d'accroître les échanges commerciaux dans le cadre la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L'accent mis sur les projets d'infrastructures transfrontaliers en Afrique se concentrera en particulier sur les corridors à fort impact tels que le corridor de Lobito, le projet LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia-Transport) et l'autoroute Abidjan-Lagos.
Les principaux acteurs de cette rencontre seront les dirigeants africains, les institutions multilatérales et les investisseurs étrangers.

L'événement, co-organisé par l'UA, l'Agence de développement de l'Union africaine-NEPAD (AUDA-NEPAD) et l'Angola, vise à combler le déficit annuel de financement des infrastructures du continent, estimé entre 130 et 170 milliards de dollars, contre des engagements actuels à hauteur de 80 milliards de dollars. Pour ce faire, il se concentre sur la mobilisation de ressources financières par le biais d'instruments africains tels que l'Alliance des institutions financières multilatérales africaines (soutenue par Afreximbank et la Société financière africaine), les institutions financières régionales, les fonds de pension et les fonds souverains du continent, mais aussi à travers la sollicitation d'investisseurs privés.
Les bailleurs de fonds non africains vont des institutions occidentales (Banque mondiale, FMI, Blackstone) aux entités alignées sur les BRICS telles que la China Eximbank, le Fonds saoudien ou les fonds souverains d'Abou Dhabi. Par conséquent, le sommet reflétera très probablement les intérêts géopolitiques divergents dans le domaine des infrastructures africaines.

Le corridor de Lobito illustre bien cette dynamique de concurrence stratégique pour les ressources. Ce projet ferroviaire et d'infrastructure vise à relier le port angolais de Lobito aux régions riches en minerais de la RDC et de la Zambie afin d'exporter des minerais essentiels vers les États-Unis et l'Europe. Il comprend aussi des projets dans les domaines des télécommunications, de l'énergie et de l'agribusiness. De son côté, la Chine construit une autre ligne ferroviaire pour relier la Tanzanie et la Zambie.

Le corridor de Lobito a été appuyé par l'administration américaine de Biden, qui s'est engagée à verser 553 millions de dollars en 2024. Le projet est également soutenu par la Banque africaine de développement, des entreprises européennes telles que la société suisse de négoce Trafigura, ainsi que par la Commission européenne et le gouvernement italien d'extrême droite dans le cadre du plan Mattei. En avril 2025, Trump s'est engagé à verser 4 milliards de dollars pour le corridor, et il est fort probable que le projet était dans son radar lorsqu'il a soutenu l'accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Mais en juillet 2025, compte tenu des réductions et des retards dans l'aide, des doutes ont été émis quant au soutien réel des États-Unis à cette initiative.

Il est important de se demander à qui profitent réellement ces projets. Les mégaprojets d'infrastructures imposés verticalement échouent souvent à produire les bénéfices escomptés et pour lesquels ils sont promus. Ils s'effondrent fréquemment et entraînent une dette colossale pour les pays dans lesquels ils sont construits. Ils conduisent également au déplacement des communautés locales et à une profonde transformation des économies locales au profit des exportations. Les grands gagnants sont généralement les multinationales.


  Source: bilaterals.org