Pieuvre | 10 mars 2026
Dans la foulée du libre-échange, le nombre de meurtres a parfois bondi de près du tiers, au Mexique
La signature de l’Accord de libre-échange de l’Amérique du Nord, l’ALENA, en 1994, n’a certainement pas eu que de bons côtés pour le Canada, les États-Unis et le Mexique. Chez ce dernier, d’ailleurs, cette abolition d’une bonne partie des tarifs et contrôles frontaliers a entraîné une multiplication des crimes violents liés au trafic de drogue.
C’est du moins l’avis d’Erik Hornung, professeur d’histoire économique à l’Université de Cologne, en Allemagne, qui a récemment publié une étude à ce sujet.
Selon le Pr Hornung, cette hausse de la violence serait notamment attribuable au fait que le Mexique est devenu, après la signature de l’ALENA, un corridor encore plus actif pour ce qui est du trafic de drogue.
En compagnie de ses collègues, ce chercheur a ainsi constaté que dans les communautés situées le long des principales routes servant au transport de la drogue vers le nord du continent, le taux d’homicides chez les hommes de 15 à 39 ans a augmenté de pas moins de 26%. Il n’existerait aucune hausse équivalente dans les villes éloignées de ces corridors utilisés par les cartels.
Pour parvenir à ces statistiques, l’équipe de recherche a utilisé des données municipales sur les homicides, en plus de calculer les routes les plus probables pour les trafiquants. Routes qui se terminent à un point de passage à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
Ainsi, cette augmentation de la violence aurait presque exclusivement été constatée dans les villes et villages installés près des itinéraires en question, particulièrement le long des itinéraires menant à des points de passage où a transité de plus grandes quantités de marchandises, en raison de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange.
Ailleurs, au Mexique, la violence aurait plutôt diminué dans certaines régions, écrivent les auteurs de l’étude.
Une sécurité qui laissait à désirer
Comme on le rappelle par voie de communiqué, à la suite de l’entrée en vigueur de l’ALENA, la valeur des exportations mexicaines vers les États-Unis a doublé en quelques années à peine. Au même moment, le trafic à la frontière a lui aussi fortement gonflé, alors que le taux d’inspection des cargaisons a diminué.
Ainsi, explique-t-on, les drogues pouvaient être plus facilement cachées dans le flot de marchandises légales, et ainsi franchir des points de passage particulièrement achalandés.
« Cela a apparemment augmenté les profits des cartels mexicains et fait croître l’importance de contrôler les principaux itinéraires du trafic de drogue, ce qui a mené à une concurrence plus féroce, voire plus violente, entre les organisations criminelles », mentionne le Pr Hornung.
Et l’effet de cette ruée vers ces itinéraires servant au trafic de drogue s’est fait sentir pendant longtemps: selon les auteurs des travaux, l’augmentation du nombre de meurtres dans les communautés affectées aurait perduré pendant près d’une dizaine d’années, après le début des années 2000. Cette violence s’expliquerait surtout par les attaques entre cartels, les affrontements avec la police ou l’armée n’auraient eu qu’un impact négligeable, précise-t-on.
« Notre étude démontre que, malgré tous les avantages, le libre-échange peut avoir des conséquences imprévues », soutient le Pr Hornung.
« Mais abolir le libre-échange en raison de ce problème n’est pas la solution. Nous devons plutôt instaurer des mesures plus efficaces contre la violence liée à la drogue. »