Carney signe un accord sur les investissements avec les Émirats arabes unis

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Le Devoir | 20 November 2025

Carney signe un accord sur les investissements avec les Émirats arabes unis

par Dylan Robertson, La Presse canadienne

Le premier ministre Mark Carney a signé jeudi un accord de protection des investissements avec les Émirats arabes unis lors d’une visite à Abu Dhabi à laquelle les médias n’ont eu qu’un accès limité.

Cet accord intervient alors que les inquiétudes grandissent quant au fait que le pays alimente les violences ethniques au Soudan.

M. Carney a annoncé l’accord d’investissement après une réunion avec le président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohamed ben Zayed al-Nahyan, et a également lancé des discussions en vue d’un accord commercial complet visant à aboutir à un accord de partenariat économique global.

Le premier ministre a également rencontré jeudi matin le ministre de l’Industrie, Sultan al-Jaber, avant de visiter une mosquée somptueuse à Abu Dhabi. Il a ensuite participé à des réunions dans l’après-midi avec des fonds souverains et des sociétés d’investissement locaux, notamment Mubadala, MGX, ADQ et ADIC, avant un dîner organisé par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

Investissements et innovations

Cette visite intervient un mois seulement après la signature d’un accord entre les deux pays visant à renforcer leur collaboration dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) et des centres de données.

Selon la directrice fondatrice de l’École Munk d’affaires mondiales et de politiques publiques de l’Université de Toronto, Janice Stein, les Émirats arabes unis sont en train de devenir un chef de file dans le domaine de l’IA et peuvent aider le Canada à la fois par leurs investissements et leurs innovations.

Lors d’une visite dans le pays en début d’année, elle a constaté une adoption généralisée de l’IA aux Émirats arabes unis, ainsi que l’enthousiasme des responsables gouvernementaux à l’égard de la visite de M. Carney.

« Il est très judicieux de la part du premier ministre de s’y rendre, et de le faire rapidement », a souligné Mme Stein lors d’une entrevue, mardi.

« Ils le connaissent grâce à sa carrière précédente. Je pense donc que c’est absolument la bonne décision. »

Les Émirats arabes unis utilisent leur énergie bon marché pour alimenter des centres de données, à l’instar des entreprises canadiennes qui espèrent exploiter les sables bitumineux de l’Alberta.

« Ce sera l’un des moteurs, l’un des nœuds, de l’économie mondiale qui s’articule autour de l’IA », a fait valoir Mme Stein à propos des Émirats arabes unis.

Le pays a également obtenu la promesse du président américain, Donald Trump, qu’il pourra accéder à la technologie américaine la plus avancée en matière de puces électroniques, malgré les inquiétudes de certains responsables américains quant à l’étendue de la coopération des Émirats avec la Chine.

L’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, est coprésident du Conseil commercial Canada-Émirats arabes unis, auquel M. Carney doit s’adresser vendredi.

« Nous sommes très heureux de la signature du FIPA (Foreign Investment Promotion and Protection Agreement, NDLR) que nous attendions depuis longtemps et le lancement de négociations de libre-échange », a expliqué M. Charest.

L’ancien premier ministre québécois a déclaré aux journalistes à Abu Dhabi que la signature d’un pacte d’investissement est un prélude à un accord commercial, quel que soit le scénario dans lequel se trouve le Canada. Il a ajouté qu’un accord commercial complet avec les Émirats arabes unis devrait être assez simple grâce à la visite de M. Carney.

« Nous sommes très heureux que le premier ministre Carney visite [les Émirats], c’est la première fois depuis 1983. Ce n’est pas rien et ça envoie un signal très important », a soutenu M. Charest.

Il a souligné que de grands investisseurs des Émirats arabes unis détiennent déjà des participations dans d’importantes infrastructures canadiennes et que les Émirats arabes unis souhaitent se positionner comme le centre financier de toute la région du Golfe.

Selon Jean Charest, le Canada et les Émirats ont beaucoup en commun, étant chacun à sa manière une plaque tournante vers le reste du monde.

Peu d’accès

Jeudi, M. Carney a visité la grande mosquée Sheikh Zayed, une mosquée tentaculaire dotée de 82 dômes qui prétend abriter le plus grand tapis noué à la main au monde. M. Carney a noté que le bâtiment comprend des matériaux provenant du monde entier.

Il a soutenu que ces matériaux avaient été assemblés de manière « inspirante » et qu’ils « témoignaient de la capacité du peuple émirati à concevoir, créer, construire et partager cela avec l’humanité ».

Cette déclaration de M. Carney était la seule attendue de sa part jeudi, sa visite ne prévoyant pas de conférence de presse. Ses hôtes émiratis ont interdit aux médias d’assister aux réunions bilatérales que la plupart des pays ouvrent aux journalistes en visite.

Cette disponibilité limitée intervient alors que les Émirats arabes unis font face à des critiques croissantes concernant des allégations selon lesquelles ils soutiendraient une milice dans la guerre civile au Soudan qui se livre à des violences ethniques choquantes, ce que les Émirats arabes unis nient.

Une guerre civile a éclaté en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR). Les FSR, une milice paramilitaire, ont succédé aux milices Janjaweed qui étaient à l’origine du premier génocide au Darfour entre 2003 et 2005.

Les membres des FSR ont publié sur les réseaux sociaux de nombreuses vidéos montrant des massacres, souvent accompagnés d’insultes ethniques.

Les Émirats arabes unis ont déclaré qu’il n’existe aucune preuve tangible qu’ils ont armé les FSR, malgré un rapport de l’ONU faisant état d’allégations « crédibles ».

Le compte rendu de la rencontre entre M. Carney et cheikh Mohammed ne mentionnait pas le Soudan, mais évoquait la Palestine.

Mme Stein a déclaré que les Émirats arabes unis étaient impliqués dans le conflit malgré leurs dénégations, mais elle a souligné qu’Abou Dhabi avait également pris récemment des mesures en faveur de la paix.

« Les Émirats arabes unis sont l’un des principaux fournisseurs d’armes des FSR », a-t-elle tranché.

« Les FSR ont accepté le cessez-le-feu proposé par l’administration Trump, et les Émirats arabes unis ont joué un rôle déterminant (dans ce processus). Cela ne vient pas de l’armée. »

M. Carney se rendra vendredi en Afrique du Sud pour le Sommet des dirigeants du G20, à Johannesburg.


  Fuente: Le Devoir