Tribune/ Sahara Occidental : Territoire colonisé au service du libre-échange entre l’Union européenne et le Maroc

La Patrie News, 6 Novembre 2025
Par Camille Lesaffre

Tribune/ Sahara Occidental : Territoire colonisé au service du libre-échange entre l’Union européenne et le Maroc

Le combat du peuple sahraoui pour son autodétermination n’est pas une cause lointaine. Il est au cœur des enjeux agricoles et commerciaux qui concernent directement nos campagnes. Car derrière les accords de libre-échange, les tomates sous serres et les melons d’hiver se joue une bataille décisive : celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et du droit des paysannes et paysans à vivre dignement de leur travail.

Le Sahara Occidental, un territoire colonisé au service du libre-échange

Depuis près d’un demi-siècle, le Sahara Occidental vit sous occupation. Ancienne colonie espagnole, ce territoire a été cédé au Maroc et à la Mauritanie en 1975, sans consultation du peuple sahraoui. Pourtant, l’ONU reconnaît toujours le Sahara Occidental comme un territoire non autonome, dont le peuple a droit à l’autodétermination. Le Front Polisario, représentant légitime des Sahraouis, a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et poursuit depuis une lutte politique et diplomatique pour la reconnaissance de ce droit.

En 2007, le Maroc a proposé un plan d’autonomie visant à maintenir le peuple sahraoui sous sa tutelle, niant ainsi son droit fondamental à l’autodétermination.

Cette proposition n’a jamais été acceptée, ni par le Conseil de sécurité des Nations unies, ni par le Front Polisario, représentant légitime du peuple sahraoui. Le 22 octobre 2025, le gouvernement de Donald Trump a publiquement soutenu ce plan, exerçant des pressions pour qu’il soit imposé comme solution définitive. Mais le peuple sahraoui, uni et déterminé, a catégoriquement refusé cette manœuvre. Il réaffirme que la seule issue juste et conforme au droit international reste un référendum d’autodétermination libre et équitable, conformément aux résolutions de l’ONU. Le 30 octobre 2025, le renouvellement du mandat de la MINURSO, une mission chargée d’organiser ce référendum, a été voté et confirme que le cadre juridique onusien n’a pas changé malgré la désinformation autour d’une soi-disante victoire du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Le Sahara occidental reste un territoire non autonome placé sous la responsabilité des Nations unies.
 Le droit international de la décolonisation s’applique pleinement.

Malgré les résolutions onusiennes, le Maroc contrôle la majeure partie du territoire, exploite ses ressources naturelles – phosphates, pêche, agriculture, énergie – et y installe des entreprises bénéficiant d’accords commerciaux avec l’Union européenne. Les richesses extraites ne profitent pas au peuple sahraoui, mais nourrissent un modèle d’agro-exportation à bas coût, illégal au regard du droit international. Dans ce système, les produits issus du Sahara occidental sont étiquetés comme « origine Maroc », masquant leur véritable provenance et violant la souveraineté du peuple sahraoui.

Ces importations illégales ne sont pas un simple abus administratif : elles symbolisent le détournement du commerce international au profit d’un colonialisme économique. Les tomates et melons cultivés sur les terres occupées sont exportés à bas prix vers l’Europe, inondant les marchés français et concurrençant les producteurs locaux. Cette concurrence déloyale, encouragée par les accords de libre-échange entre l’UE et le Maroc, tire vers le bas les prix, les normes sociales et les standards environnementaux.

Les peuples sont les premiers perdants de ce système : les Sahraouis, privés de leurs terres et de leurs droits, et les paysanNEs françaisES, étrangléEs par une économie mondialisée où seul le coût minimal compte. Là où le droit international devrait protéger, les traités commerciaux écrasent.

Une bataille juridique pour la justice que mène la Confédération Paysanne et le Front Polisario.

La Confédération paysanne et la COAG (Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs espagnole) ont engagé, aux côtés du Front Polisario, une lutte juridique contre cette situation.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a confirmé à plusieurs reprises que les accords de libre-échange conclus entre l’UE et le Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara Occidental sans le consentement explicite du peuple sahraoui (CJUE, arrêts du 29 septembre 2021 et du 4 octobre 2024). Ces décisions reposent sur le principe fondamental du droit à l’autodétermination.

La CJUE a également tranché sur l’étiquetage des produits : les denrées issues du Sahara occidental ne peuvent être vendues sous l’appellation « origine Maroc ».

Pourtant, malgré ces jugements, la Commission européenne a cherché à contourner la décision, négociant un nouvel accord avec Rabat qui continue à ignorer la légitimité du peuple sahraoui, tout en inventant de nouvelles appellations fictives – « Grand Sud marocain » – pour masquer la provenance réelle des produits.

Il ne s’agit pas seulement d’un contentieux technique : c’est une exigence de justice et de cohérence avec le droit international.

Cela s’inscrit dans la lignée de politiques de libéralisation des marchés, notamment agricoles avec l’accord UE-Mercosur et de l’accord UE-Mexique. Sous couvert de libre-échange, les traités internationaux favorisent la concentration des richesses, la compétitivité entre les paysanNEs, la dépendance alimentaire et la destruction environnementale. De plus, les importations à bas coûts reposent sur des conditions de production inacceptables : salaires dérisoires, exploitation de la main-d’œuvre, usage massif de pesticides, et spoliation de ressources naturelles.

Ce combat dépasse le seul secteur agricole et le seul enjeu d’une alimentation de qualité : c’est un enjeu de société global tant sur les enjeux socio-économiques que climatiques. Les traités de libre-échange sont des outils néocoloniaux qui renforcent l’accaparement de terres et l’exploitation des paysan.nes partout dans le monde.

Face à la montée du nationalisme et au repli identitaire, il est urgent de rappeler qu’une autre voie est possible. Ni libre-échange sans règles, ni protectionnisme égoïste : ce que nous proposons, c’est un commerce solidaire, fondé sur la dignité du travail, l’autodétermination des peuples et la justice sociale.

Les revendications de la confédération paysanne nous font échos:

la fin des accords de libre-échange qui violent les droits des peuples ;

la mise en place d’outils de régulation comme les prix minimum d’entrée ;

la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et la fin de toute colonisation économique.

Nous affirmons notre solidarité avec celles et ceux qui, au Sahara Occidental ou ailleurs, se battent pour leurs terres et leurs libertés.

Nous affirmons notre solidarité aux paysans et paysannes qui luttent contre la destruction du monde paysan au profit de la libéralisation du marché.


  Fuente: La Patrie News