Sur fond de crispations autour du Mercosur, les agriculteurs mobilisés en France

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France 24 | 18 novembre 2024

Sur fond de crispations autour du Mercosur, les agriculteurs mobilisés en France

Pas de blocage d'autoroute mais des "feux de la colère" : l'alliance syndicale majoritaire FNSEA-JA a donné, lundi 18 novembre, le coup d'envoi d'un nouveau cycle de la mobilisation agricole, avec des actions symboliques qui se poursuivent dans la soirée.

Dès dimanche soir, des agriculteurs se sont rendus en cortège près de la base aérienne de Villacoublay, près de Paris. "Macron, si tu vas à Rio, n'oublie pas tes péquenots" : à bord d'une vingtaine de tracteurs et d'une trentaine d'autres véhicules, les manifestants ont bloqué deux des trois voies de circulation sur la nationale 118, qui longe la base militaire des Yvelines, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Moins d'un an après un ample mouvement de colère dans les campagnes, qui avait abouti en janvier à des blocages de sections d'autoroutes dans le pays, les syndicats agricoles appellent à nouveau leurs troupes à manifester, mais en ordre dispersé à l'approche de leurs élections professionnelles qui se tiennent en janvier.

Percutés par les mauvaises récoltes et les maladies animales émergentes, ils estiment n'avoir toujours pas récolté les fruits de la colère de l'hiver dernier : la concrétisation des 70 engagements alors pris par le gouvernement Attal a été ralentie par la dissolution de l'Assemblée nationale.

Et ils jugent les normes toujours aussi complexes et les revenus insuffisants.

Si les taxes sur le carburant agricole (GNR) avaient été un des ferments de la mobilisation l'an dernier, c'est l'aboutissement du projet d'accord de libre-échange de l'Union européenne avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) qui pourrait mettre le feu aux poudres cette année.

En dépit de l'opposition de la classe politique comme des acteurs agricoles français, la Commission européenne, poussée par plusieurs pays comme l'Allemagne et l'Espagne, semble déterminée à signer d'ici à la fin de l'année cet accord qui permettra notamment aux pays latino-américains d'écouler plus de bœuf, poulet ou sucre sans droits de douane en Europe.

"Nous allons continuer de nous opposer [à l'accord]", a assuré dimanche Emmanuel Macron, en déplacement en Argentine avant le G20, cherchant à "rassurer les agriculteurs".
Des actions symboliques

Sur le terrain, la mobilisation, qui pourra "durer jusque mi-décembre", se traduira par des rassemblements devant les préfectures et sur des places ou ronds-points baptisés "de l'Europe".

Ainsi, plusieurs centaines de tracteurs français et allemands ont bloqué lundi le pont de l'Europe, qui relie Strasbourg à l'Allemagne. Au-dessus du Rhin, les représentants de syndicats agricoles français et allemands se sont rejoints dans une accolade symbolique au son des klaxons.

À la nuit tombée, le pont était toujours fermé à la circulation.

"En volaille, c'est plus de 180 000 tonnes qui viendront inonder le segment de marché du blanc de poulet. En maïs, 70 molécules interdites en France sont autorisées au Brésil et pourtant les vraquiers déverseront la marchandise dans les ports européens !", s'indignent ces adhérents du Bas-Rhin dans un communiqué.

Au Cannet-des-Maures (Var), quelque 300 agriculteurs ont déposé de la terre lundi sur la route et planté des croix symbolisant la mort de l'agriculture française, qu'ils jugent menacée par l'accord de libre-échange que l'UE négocie avec des pays latino-américains du Mercosur.

Près de la frontière belge, des agriculteurs ont contrôlé des poids lourds.

À Montpellier, environ 200 d'entre eux ont accroché des panneaux de localités de l'Hérault sur les grilles de la préfecture. Ils ont ensuite bâché la fontaine des Trois grâces sur la place de la Comédie et déposé du fumier autour.

Ces actions sont avant tout symboliques, à l'instar du déversement de déchets vendredi devant le centre des impôts de Tarascon (Bouches-du-Rhône) rebaptisé "ambassade du Brésil", ou d'un convoi funéraire prévu lundi dans le Gers.

Localement, des exploitants continuent de bâcher des panneaux de communes ou les rebaptiser du nom de villes sud-américaines du Mercosur, comme dans la Somme ou le Cantal.

Si quelques opérations-escargot pourraient perturber le trafic automobile, l'objectif de la mobilisation n'est pas de "bloquer" ou "d'ennuyer" les Français, mais de faire passer le message selon lequel l'agriculture vit aujourd'hui "une situation d'urgence, dramatique dans certains endroits", a souligné dimanche le président de la FNSEA Arnaud Rousseau sur BFMTV.

"Si d'autres ont d'autres modes d'action, veulent utiliser la violence ou, comme je l'ai entendu, veulent […] affamer Toulouse, ça n'est pas notre mode d'action", a souligné Arnaud Rousseau, en référence aux appels de certains responsables de la Coordination rurale (deuxième syndicat agricole) qui ont proposé ces derniers jours d'"encercler" ou d'"affamer" certaines métropoles.

La Coordination rurale a choisi d'attendre la tenue de son congrès (mardi et mercredi) pour amplifier sa mobilisation. Le syndicat promet "une révolte agricole" avec un "blocage du fret alimentaire" dès mercredi dans le sud-ouest si "aucune avancée" n'est constatée sur le dossier du Mercosur.

Opposée depuis 25 ans aux traités de libre-échange, la Confédération paysanne, troisième force syndicale, a participé à des rassemblements anti-Mercosur à Bruxelles ou en Aveyron, manifestant symboliquement devant le restaurant McDonald's de Millau que ses militants avaient démonté en 1999.

Cette semaine, la Confédération prévoit d'autres actions pacifiques pour défendre le revenu des paysans, l'accès au foncier, mais aussi réclamer un soutien à la transition agro-écologique, contre la logique des syndicats majoritaires qui réclament moins de contraintes environnementales et plus de stockage d'eau.

Avec AFP


  Source: France 24