Signature de l’Accord de partenariat économique : Méfiance des défenseurs des droits des paysans

Mongabay, 10 juin 2026

par Rivonala Razafison

Signature de l’Accord de partenariat économique : Méfiance des défenseurs des droits des paysans


  • Un nouvel Accord de partenariat économique (APE) a été signé ce mercredi 10 juin, à Balaclava, à Maurice entre les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et Madagascar et l’Union européenne.
  • Cet accord n'est pas du goût des défenseurs des droits des paysans, qui appellent la population malgache à une grande vigilance.

ANTANANARIVO, Madagascar — Ce mercredi 10 juin, les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et Madagascar ont signé à Balaclava, à Maurice, un nouvel Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne (UE).


L’officialisation de l’accord, qualifié de « moderne et global », qui marquera la fin des négociations intenses entamées en octobre 2019, suscite déjà la méfiance des défenseurs des droits des paysans, appelant la population malgache à une grande vigilance. Les APE sont des accords commerciaux axés sur le développement, compatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et prenant en compte le fait que l’une des deux parties est un pays ou une région en voie de développement.

Ils sont réciproques, mais asymétriques, c’est-à-dire que leurs conditions ne sont pas les mêmes pour les deux parties.

L’accord, signé ce mercredi, vise à stimuler le commerce, à encourager les investissements, à créer des opportunités pour les entreprises et à contribuer à une croissance durable et inclusive dans l’océan Indien.

Madagascar exporte en Europe du textile (30 %), des produits agricoles (29,5 %), des produits industriels (25 %) et des produits de la pêche (15 %).

Les inquiétudes des défenseurs des droits des paysans portent sur la sécurité et la souveraineté alimentaires dans l’océan Indien, et à Madagascar en particulier. Car il s’agit de la protection du patrimoine naturel, entre autres.

Les contestataires dénoncent la non implication des Organisations de la société civile et des organisations paysannes, dans les négociations ayant eu lieu, ces dernières années.

Selon les défenseurs des droits des paysans, les nouvelles mesures édictées par Bruxelles, dans le cadre du nouvel accord, auront « un impact négatif, potentiellement dévastateur, sur le droit des populations à l’alimentation et sur le droit des paysans-producteurs d’utiliser, de sélectionner, de protéger et d’échanger les semences de leur choix », en raison des droits de propriété intellectuelle requis par l’accord.


Les défenseurs des droits des paysans se méfient des agissements des grandes entreprises et des puissances financières exerçant une pression sur les Etats, pour qu’ils instaurent un régime interdisant la reproduction des semences commerciales par les paysans.

Par effet d’entraînement, une telle mesure affectera gravement la sécurité et la souveraineté alimentaires des pays concernés.

« Nous demandons que les représentants de Madagascar s’abstiennent de signer toute disposition concernant les semences, l’alimentation ou les droits de propriété intellectuelle, sans la consultation préalable des OP et des OSC au minimum », disent les défenseurs des droits des paysans dans un communiqué en date du 5 juin 2026.

D’après leur exigence exprimée dans le même document, les semences locales doivent demeurer un patrimoine et un bien communs à ne pas transformer en propriété privée appartenant à des individus ou à des entreprises.

Ils mettent l’accent sur la préservation du droit des agriculteurs à s’en tenir librement aux semences de leur choix, comme le stipulent à cet effet des traités internationaux.

Ils défendent alors la liberté des agriculteurs de continuer à perpétuer leurs pratiques et à développer leur savoir-faire traditionnel en matière de semences, sans être contraints d’acheter des semences industrielles.

Les autorités gouvernementales, les décideurs et les partenaires internationaux sont priés de préserver le droit des Malgaches à l’alimentation et à la souveraineté alimentaire, en rejetant les nouvelles mesures adoptées par Bruxelles.


Le petit guide pour mieux comprendre les APE explique que les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, signataires des APE, doivent graduellement ouvrir 80 % de leurs marchés aux importations de l’UE, ce qui peut être fait sur de longues périodes de transition de 10 à 25 ans.

Le document indique aussi que l’exclusion des produits et les différentes sauvegardes garantissent que les produits de l’UE ne concurrencent pas les produits fabriqués localement.

Il précise que « les provisions communes des APE sur les mesures sanitaires et phytosanitaires, les obstacles techniques au commerce et les douanes contribueront également à l’établissement d’un environnement prévisible et normalisé des affaires ».

La signature du nouvel APE intervient l’année, où Madagascar s’est engagé à œuvrer pour la prospérité axée sur la nature et à mettre le capital naturel au cœur de toutes les décisions.


  Fuente: Mongabay