l'Humanité | 25 février 2026
« On ne veut pas d’une Europe qui nous mette en compétition » : au Salon de l’agriculture, la Confédération paysanne envahit le stand de l’UE
par Marie Toulgoat
Au milieu des porcs cul noir limousins et autres cochons, une nuée de drapeaux jaunes s’élève soudainement. Mercredi, au Salon de l’agriculture, les militants de la Confédération paysanne ont envahi par surprise le stand de l’Union européenne (UE), sous l’œil curieux des visiteurs venus admirer les animaux d’élevage. « Il y a une grande absente à ce Salon de l’agriculture, c’est la question du revenu paysan », martèle au mégaphone le porte-parole du syndicat, Stéphane Galais.
Alors que les paysans mobilisés déploient des banderoles et recouvrent l’installation d’autocollants revendiquant des prix rémunérateurs, les exposants du stand de l’UE observent la scène d’un regard attentif. « Une chose fondamentale pour maintenir des fermes et des paysans, et pour leur garantir des revenus, c’est la régulation du marché. On ne veut pas d’une Europe qui nous mette en compétition les uns avec les autres », continue l’éleveur bovin.
La filière ovine menacée par un accord avec l’Australie
Si le gouvernement fait régulièrement l’objet de critiques pour sa politique libérale taxée de cogestion avec la FNSEA, les Vingt-Sept ne sont pas exempts de responsabilité dans le délitement du monde agricole, estime l’organisation.
L’Europe, notamment en versant les aides de la PAC (politique agricole commune) aux agriculteurs des pays membres, a en effet un fort pouvoir d’orientation du modèle agricole. Aujourd’hui octroyée en fonction du nombre d’hectares que comptent les fermes, cette subvention entraîne une course à l’agrandissement des exploitations et nuit aux petites fermes familiales.
Mais, surtout, malgré les alertes répétées, l’UE multiplie les négociations pour des accords de libre-échange. Si les nombreuses mobilisations des agriculteurs ces derniers mois ont jeté une lumière crue sur le risque que fait peser, notamment pour les éleveurs bovins, l’accord commercial signé avec les pays du Mercosur, d’autres textes du même type sont en cours de négociation.
« L’Europe est en train de négocier un accord ultra-opaque avec l’Australie. Je suis éleveuse de brebis et ce traité risque de continuer à fragiliser la filière ovine, comme l’a déjà fait l’accord avec la Nouvelle-Zélande. Nous sommes mis en concurrence avec des agneaux produits de manière complètement différente, dans des troupeaux gigantesques et extensifs. Conséquence, nous ne produisons plus que 45 % de la viande ovine que nous consommons, ce n’est pas ce que j’appelle la souveraineté alimentaire », alerte Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne.
Des solutions existent pour freiner cette fuite en avant néolibérale, délétère pour les paysans et la souveraineté alimentaire, estime toutefois l’organisation syndicale. Certaines ont même déjà été expérimentées par le passé, avant d’être abandonnées.
« La fin des quotas laitiers, viticoles ou sucriers, a fait beaucoup de mal aux filières, qui payent aujourd’hui le prix d’une surproduction et de la course à la compétitivité sur le marché mondial », analyse Fanny Métrat. L’organisation syndicale appelle ainsi l’UE à intervenir sur les prix, les volumes et les stocks, pour éviter la disparition des petites exploitations.