La Presse | 2 juin 2026
Le Canada invite les États-Unis et le Mexique à renouveler l’accord pour 16 ans
par Joël-Denis Bellavance
Le Canada invite ses partenaires commerciaux, les États-Unis et le Mexique, à mettre les bouchées doubles pour conclure les pourparlers entourant l’examen de l’Accord Canada–États-Unis – Mexique le plus rapidement possible et de renouveler l’entente pour une période de 16 ans.
Certes, le Canada est prêt à envisager des changements à cet accord, mais l’incertitude qui plane sur la suite des choses nuit aux entreprises, travailleurs, consommateurs et agriculteurs canadiens, américains et mexicains, soutient le ministre responsable du commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc.
Le ministre LeBlanc a plaidé la cause canadienne dans une lettre qu’il a fait parvenir lundi au représentant au Commerce américain, Jamieson Greer, et au ministre de l’Économie du Mexique, Marcelo Ebrard. Le bureau du ministre a dévoilé le contenu de cette lettre mardi, avant la rencontre prévue à Washington entre M. LeBlanc et son homologue américain pour relancer les pourparlers en lien avec la révision de l’ACEUM.
À l’issue de cette rencontre, le ministre LeBlanc a indiqué durant une conférence de presse à l’ambassade du Canada dans la capitale américaine avoir soumis à M. Greer « une série de propositions spécifiques, qui, de notre avis, sont bonnes pour l’économie nord-américaine et qui répondent aussi à des enjeux que les Américains ont soulevés avec le Canada depuis longtemps. »
Mais le ministre a refusé net de dévoiler la teneur de ces propositions au motif que cela pourrait faire dérailler les pourparlers. « Nous n’entrerons pas dans le détail de ces conversations. Les Américains évoquent publiquement depuis longtemps leurs préoccupations commerciales envers tous leurs partenaires, non seulement le Canada et le Mexique, mais aussi d’autres », s’est borné à dire le ministre.
Il a indiqué qu’il aura d’autres pourparlers avec M. Greer la semaine prochaine et qu’il demeure optimiste quant à l’issue des négociations, même s’il a dit s’attendre à de la « turbulence ». « Ces conversations mènent à une destination qui n’est pas toujours une ligne droite », a-t-il imagé.
Le ministre LeBlanc a envoyé la lettre au nom du Canada et s’est rendu à Washington au moment où l’échéancier du 1er juillet pour examiner des changements à l’ACEUM arrive à grands pas et que l’administration Trump montre des signes d’impatience envers le Canada.
Le ministre s’est rendu dans la capitale américaine en compagnie de la négociatrice en chef Janice Charette. Il s’agissait du premier face-à-face entre M. LeBlanc et son homologue américain depuis le mois de mars. À titre de comparaison, des pourparlers entre le Mexique et les États-Unis en prévision de cet examen de l’ACEUM ont eu lieu au cours des dernières semaines.
Dans sa lettre, M. LeBlanc a pris soin de souligner à grands traits les mérites de l’ACEUM. Et les pourparlers en cours doivent permettre d’évaluer les moyens de le renforcer en fonction des conditions économiques.
« Cet accord est hautement bénéfique pour chacun de nos pays ainsi que pour l’économie intégrée de l’Amérique du Nord. Notre continent constitue l’une des plus vastes et des plus performantes régions économiques au monde, englobant un marché régional de 33 billions de dollars américains et plus de 500 millions de consommateurs. En 2026, le commerce trilatéral de biens et services a totalisé 1,9 billion de dollars américains, soit une hausse de 32 % depuis l’entrée en vigueur de l’accord », a écrit le ministre dans cette lettre.
“Ensemble, nous pouvons soutenir la concurrence à l’échelle mondiale, en misant sur les ressources et les talents exceptionnels qui composent notre espace économique intégré. […] La croissance et le succès découlant de notre accord commercial trilatéral historique expliquent pourquoi je confirme que le Canada recommande de renouveler l’accord pour une nouvelle période de 16 ans.” Le ministre responsable du commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, par écrit
M. LeBlanc a affirmé que le Canada est tout à fait disposé à examiner toute proposition susceptible de « contribuer à la prospérité à long terme des trois nations. » Mais il a aussi souligné que les discussions entre le Canada et les États-Unis sur la question de droits de douane sectoriels « seront essentielles ».
La révision de l’ACEUM offre à chaque pays trois options à choisir en juillet. Ils peuvent renouveler l’accord pour 16 années supplémentaires, s’en retirer ou signaler à la fois le non-renouvellement et le non-retrait, ce qui déclencherait une révision annuelle susceptible de prolonger les négociations durant la prochaine décennie.
Avant la tenue d’une réunion de son cabinet, mardi, le premier ministre Mark Carney a indiqué qu’il existe « une série d’enjeux techniques » entre le Canada et les États-Unis qui font partie des pourparlers entre les deux pays.
« Il y en a une trentaine d’enjeux. Il y a une soixante d’enjeux américains avec le Mexique, par exemple. Alors, on fait du progrès avec quelques-uns de ces enjeux. Pour nous, les grands enjeux, en ce qui concerne les grandes industries [elles] sont affectées par les tarifs américains sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’automobile et les produits forestiers. Alors, on essaie de trouver un nouveau partenariat avec les États-Unis dans les domaines stratégiques », a-t-il résumé.
Lundi soir, le président américain, Donald Trump, a de nouveau évoqué son désir de faire du Canada le 51e État sur les réseaux sociaux.
« 51e État ! » a-t-il simplement écrit, lundi soir, en relayant un texte de l’agence Bloomberg qui rapportait que l’économie canadienne était frappée par une récession.
Ce message a été relayé à Ottawa par l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Peter Hoekstra – un geste qui lui a valu une volée de bois vert de la part du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.
« Je n’arrive pas à croire que je doive le répéter, mais le Canada ne sera jamais le 51e État américain. Le Canada n’est pas à vendre. Et tant qu’à faire, voici la vérité : en avril, l’Ontario a créé 680 % d’emplois de plus que les États-Unis, en tenant compte de la population. Voilà comment nous protégeons l’Ontario », a écrit M. Ford sur le réseau X.