Maroc-Corée du Sud: Vers un partenariat économique global?

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SNRT News, 11 Mai 2026
par Khawla Znaizini

Maroc-Corée du Sud: Vers un partenariat économique global?

Le Maroc renforce son orientation vers la diversification de ses partenariats économiques et l'élargissement de sa présence au sein des chaînes de production et d'investissement mondiales, en s'ouvrant à de nouvelles puissances économiques, après avoir consolidé ses relations commerciales avec l'Union européenne et les États-Unis, et renforcé sa coopération au cours des dernières années avec plusieurs partenaires asiatiques, dont l'Inde.

Dans ce contexte, la Corée du Sud se profile comme une nouvelle destination sur laquelle Rabat et Séoul misent pour développer leur coopération, à travers un accord de partenariat économique global attendu, qui devrait ouvrir des perspectives plus larges en matière d'échanges commerciaux, d'investissement et de coopération industrielle et technologique entre les deux pays.

Les deux parties ont confirmé leur intention d'engager les négociations dans les meilleurs délais, estimant que cet accord serait un "levier stratégique" pour renforcer les échanges économiques et développer la coopération bilatérale, à un moment où Séoul cherche à élargir sa présence économique en Afrique du Nord, tandis que le Maroc poursuit sa politique de diversification de ses partenaires économiques au-delà des espaces traditionnels liés à l'Europe et aux États-Unis.

L'ancien secrétaire général du ministère du Commerce extérieur et expert économique, Mohamed Benayad, estime que ce rapprochement reflète de profondes mutations que connaissent les économies des deux pays, précisant que l'économie coréenne est passée d'une économie importatrice à une économie diversifiée et complexe, tandis que l'économie marocaine connaît à son tour des transformations dans ses priorités industrielles et logistiques, ce qui pousse les deux parties à envisager de nouvelles voies de coopération.

M. Benayad a précisé, dans une déclaration à SNRTnews, que l'accord de partenariat économique global ne se limite pas à l'ouverture des marchés des biens et des services, comme c'est le cas dans les accords de libre-échange traditionnels, mais s'étend à des domaines plus larges incluant l'investissement, la coopération industrielle, le transfert de technologie et le renforcement des partenariats techniques.

Le Maroc, porte de l'Afrique

Il a ajouté que la Corée du Sud considère le Maroc comme une porte économique prometteuse vers l'Afrique, eu égard à sa position géographique et aux infrastructures qu'il a développées ces dernières années, notamment le port Tanger-Med et le port de Dakhla Atlantique, ainsi que ses réseaux logistiques et ses accords commerciaux avec plusieurs pays africains.

Le Maroc est perçu comme une porte stratégique vers les marchés européens, moyen-orientaux et africains, notamment après la signature d'accords de libre-échange avec les États-Unis et l'Union européenne, ce qui en fait un partenaire idéal pour Séoul, qui cherche à diversifier ses partenariats sur le continent africain.

Il a également souligné que ces données offrent aux investisseurs coréens un avantage considérable, dans la mesure où les entreprises choisissant de s'implanter au Maroc peuvent accéder aux marchés africains sans droits de douane, ce qui fait du Royaume une plateforme de production et d'exportation plus compétitive par rapport à plusieurs pays asiatiques.

Ce rapprochement intervient dans un contexte d'intérêt coréen croissant pour des secteurs stratégiques au Maroc, notamment le transport ferroviaire et la fabrication de batteries pour véhicules électriques.

Dans ce cadre, Rabat avait signé un accord avec le groupe coréen « Hyundai-Rotem » pour le développement du réseau ferroviaire du Royaume, pour une valeur dépassant un milliard et demi de dollars, un projet que des observateurs considèrent comme un modèle de coopération industrielle et technologique entre les deux pays.

Cette coopération comprend également un contrat de livraison de trains électriques à deux étages au profit de l'Office national des chemins de fer, dans le cadre des préparatifs du Maroc pour accueillir la Coupe du monde 2030 aux côtés de l'Espagne et du Portugal, ainsi que dans le cadre du plan d'extension du réseau ferroviaire reliant plus de 40 villes marocaines.

Parallèlement, le secteur des batteries se distingue comme l'un des domaines de coopération les plus prometteurs, notamment avec le projet "Gigafactory" près de Kénitra, première gigafactory de batteries pour véhicules électriques en Afrique, avec un investissement total d'environ 6,5 milliards de dollars, dont le démarrage de la production est prévu au cours du troisième trimestre 2026.

L'importance de ce projet ne se limite pas à la production de batteries, mais englobe également la fabrication de composants essentiels tels que les cathodes et les anodes, en faisant un complexe industriel intégré qui renforce le positionnement du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales liées aux véhicules électriques.

Importations coréennes face à l'investissement

Concernant la nature des relations commerciales entre les deux pays, Benayad a précisé que la balance commerciale penche nettement en faveur de la Corée du Sud, en raison de la prédominance des importations coréennes liées aux équipements technologiques, tels que les téléphones, les ordinateurs, les appareils ménagers, les voitures et le matériel électronique, face à des exportations marocaines limitées comprenant certains produits industriels, le textile, les huiles essentielles et l'aluminium.

Malgré ce déséquilibre commercial, l'expert économique affirme que les relations économiques entre les deux pays connaissent une dynamique croissante, notamment en matière d'investissements coréens au Maroc, qui ont enregistré une hausse notable ces dernières années.

Les données de l'Office des changes relatives au commerce extérieur pour l'année 2024 indiquent que les importations marocaines en provenance de Corée du Sud sont passées d'environ 3,8 milliards de dirhams en 2020 à quelque 6,7 milliards de dirhams en 2024, représentant environ 0,9 % du total des importations marocaines.

Le stock net des investissements directs sud-coréens au Maroc est passé de 3,94 milliards de dirhams en 2022 à environ 6,46 milliards de dirhams en 2023, dans un contexte où les flux d'investissements directs étrangers au Maroc ont augmenté de plus de 74 % entre 2021 et 2024.

En revanche, le volume des investissements directs marocains en Corée du Sud demeure limité, tout comme le niveau de la dette extérieure marocaine envers la Corée du Sud, qui s'établit à environ 13,1 millions de dirhams à fin 2024.

Une dynamique continue

Cette dynamique économique ne se dissocie pas du contexte politique qui caractérise les relations entre Rabat et Séoul. Benayad affirme que les relations politiques entre les deux pays sont positives et suivent une trajectoire ascendante, soulignant que la Corée du Sud considère le Maroc comme un partenaire stratégique stable dans la région, capable de jouer un rôle pivot dans la connexion entre l'Afrique, l'Europe et le Moyen-Orient.

Face aux mutations que connaissent les chaînes de production mondiales et à la compétition croissante autour des marchés africains, l'accord de partenariat économique global entre le Maroc et la Corée du Sud apparaît comme une nouvelle étape dans les efforts des deux pays pour bâtir une coopération économique multidimensionnelle, dépassant les échanges commerciaux traditionnels vers des partenariats industriels et technologiques à long terme.

Quelle différence entre un accord de libre-échange et un accord de partenariat global?

L'expert économique Idriss El Aissaoui estime que l'orientation actuelle de la Corée vers la conclusion d'un accord de partenariat économique global avec le Maroc ne peut se lire uniquement sous l'angle des échanges commerciaux traditionnels, mais doit être perçue comme une démarche stratégique visant à construire un partenariat industriel et technologique intégré entre les deux pays.

Il précise que cette démarche s'inscrit dans le prolongement de négociations de haut niveau tenues en avril 2025 à Séoul, qui ont appelé à accélérer la coopération dans les chaînes d'approvisionnement et les industries numériques.

M. El Aissaoui a ajouté, dans une déclaration à SNRTnews, que la Corée du Sud considère le Maroc comme une porte stratégique vers l'Afrique et l'Europe, notamment depuis sa transformation en plateforme industrielle et logistique grâce à ses infrastructures et à ses multiples accords commerciaux.

Il souligne également que l'intérêt des entreprises coréennes se concentre sur les secteurs des véhicules électriques et des batteries, dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales.

Quelle est la différence entre l'accord de partenariat global et les accords de libre-échange traditionnels ? El Aissaoui explique que les accords de libre-échange classiques se concentrent essentiellement sur la réduction des droits de douane et la facilitation du commerce des biens et de certains services, tandis que l'accord de partenariat économique global représente une nouvelle génération d'accords qui va au-delà des aspects commerciaux pour englober des domaines plus larges, incluant l'investissement direct, le commerce électronique, la protection de la propriété intellectuelle, les marchés publics, la coopération technique, et la facilitation de la circulation des capitaux et des compétences.

Il affirme que ce type d'accord offre au Maroc de plus grandes opportunités d'intégrer ses entreprises dans l'économie numérique mondiale, renforce sa capacité à tirer profit des mutations liées à la sécurité alimentaire, énergétique et aux chaînes d'approvisionnement, et offre aux entreprises de meilleures perspectives d'intégration dans le commerce électronique et les marchés internationaux.

Il ajoute que la coopération avec la Corée dans les domaines des trains électriques et des batteries représente un "saut qualitatif" vers le transfert de technologie, le partage d'expertises et la localisation industrielle, plutôt que de se limiter à l'importation, soutenant ainsi l'ambition du Maroc de devenir un hub régional pour la fabrication de batteries de véhicules électriques, en tirant parti de sa dotation en minéraux stratégiques tels que le phosphate et le cobalt.

Il souligne également que le Maroc valorise son réseau d'accords commerciaux et sa position géographique pour se transformer en plateforme entre l'Europe et l'Afrique, en s'appuyant sur des projets d'envergure tels que Tanger-Med et la place financière de Casablanca, en plus d'attirer des investissements dans l'automobile et les énergies renouvelables.

Cependant, M. El Aissaoui met en garde contre des défis persistants, notamment le déséquilibre de la balance commerciale en faveur de la Corée, ainsi que le fossé technologique et les coûts de transport liés à l'éloignement géographique et aux frais de fret, soulignant que la réussite de ce partenariat reste conditionnée par la capacité du Maroc à attirer des investissements productifs garantissant le transfert de technologie et la localisation industrielle.


  Source: SNRT News